Comprendre notre méthode
Droit à l’Info vise à endiguer au plus tôt la diffusion des narratifs de désinformation sur les médias et les réseaux sociaux.
L’initiative s’appuie sur un dispositif de détection, une procédure de vérification des faits, un protocole d’analyse du risque et des outils de diffusion des alertes.
C’est quoi un narratif de désinformation ?
La désinformation la plus efficace ne repose pas sur le mensonge grossier : elle repose sur la répétition.
Une même affirmation trompeuse, reprise dans des médias différents, par des intervenants différents, consciemment ou non, finit par s’installer dans le débat public comme une évidence. On parle alors de narratif de désinformation. Nous ne prétendons pas vérifier chaque affirmation publiée sur internet. Nous nous intéressons aux dynamiques de diffusion structurée des narratifs de désinformation dans l’espace public.
Les quatre étapes du dispositif
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Notre objectif : identifier les narratifs principaux avant qu’ils ne se diffusent dans l’espace public.
Les contenus issus des médias audiovisuels et des réseaux sociaux sont collectés et analysés en continu (à J+1) à grande échelle. Des outils de détection automatisée (de clustering notamment) repèrent les occurrences d’affirmations similaires dans des volumes importants de données (textes, transcriptions audiovisuelles, contenus en ligne).
Sources analysées
- Audiovisuel : le dispositif analyse les programmes d’information diffusés entre 6h et 23h par dix chaînes de télévision et huit stations de radio, publiques et privées, grâce à une coopération rapprochée avec l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie. Le périmètre représente environ 4500 heures de contenus analysés par mois.
- Réseaux sociaux et presse écrite : le dispositif analyse le contenu collecté par l’outil Pulsar pour X, Instagram, Facebook, Tumblr, plateformes de vidéos et forums en ligne ainsi que quelques sites d’agrégation de presse en ligne (msn.com, etc.). La presse écrite en ligne est partiellement intégrée au périmètre actuel. Le périmètre représente environ 2 millions de contenus analysés par mois.
Filtrage des thématiques
Les thématiques d’intérêt du dispositif reposent sur des filtres par mots-clés, permettant une complète transparence, une maîtrise des volume de données entrants, et une approche frugale. Cette méthodologie a, par exemple, été celle déployée par l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie.
Pour l’audiovisuel, chaque segment de 2 minutes contenant au moins un mot-clé thématique est ensuite analysé.
Pré-détection des narratifs à risque de contenir de la mésinformation
Pour l’audiovisuel seulement, avant l’application de méthodologie de clustering de narratif, un premier filtre de détection du risque de mésinformation est déployé. Cette démarche, éprouvée par l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie sur le sujet climatique, est en cours de réplication à d’autres thématiques. Le modèle utilisé est ainsi ré-entrainé à détecter des séquences “à risque” de contenir de la mésinformation : par la présence de chiffres non contextualisés ou d’affirmations régulièrement démontrées comme fausses par exemple. Plus de détail sur cette approche ici : Méthodologie – Observatoire des medias sur écologie.
Clustering
Chaque jour, un modèle de clustering (regroupement de contenus sémantiquement similaires) vient analyser le périmètre de la veille, et regrouper les affirmations similaires ensemble. Ces regroupements d’affirmations sont nommés : des narratifs
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Notre objectif : produire des réponses fiables et sourcées.
Chaque narratif fait l’objet d’une analyse humaine approfondie par des équipes de fact-checkers. Elles examinent les affirmations, les confrontent à l’état des connaissances scientifiques et juridiques, et les qualifient selon une grille précise : information fausse, trompeuse à haut risque d’induire le public en erreur, ou infondé.
Fact-checking
Les critères de vérification des faits s’appuient sur le standard européen en la matière : le European Fact-Checking Standards Network (EFCSN).
Les réponses produites distinguent clairement les faits établis, les éléments d’analyse et les points de débat légitimes. Elles sont sourcées pour permettre aux lecteurs d’accéder aux preuves.Le respect de la déontologie de l’EFCSN, qui inclut des obligations de transparence, de méthodologie, d’absence de conflits d’intérêts et de neutralité partisane, est vérifié par des auditeurs externes et indépendants.
Qualification des narratifs
Les affirmations identifiées sont qualifiées selon trois catégories distinctes :
- Information fausse : affirmation contredite par les faits établis et les sources scientifiques de référence
- Information trompeuse : affirmation factuellement partielle ou sortie de son contexte de manière à induire en erreur
- Information non fondée : affirmation n’étant confirmée par aucune source crédible
Rectification des erreurs
En cas d’erreur avérée, les équipes de fact-checking s’engagent, conformément à leurs obligations inscrites dans le Code de l’EFCSN, à corriger l’erreur. S’il s’agit d’une erreur qui n’affecte pas la conclusion de l’article, les équipes expliquent en fin d’article l’erreur qui a été faite. Si l’erreur affecte la conclusion de l’article, les équipes doivent en plus repartager l’article dans leurs canaux de diffusions habituels et expliquer les mesures prises pour éviter de répéter l’erreur à l’avenir
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Notre objectif : concentrer les efforts sur les narratifs les plus à risque.
Chaque narratif faux ou trompeur ayant fait l’objet d’un fact-checking approfondi est ensuite soumis à une grille d’analyse de risque, permettant de déclencher, ou non, la diffusion d’une alerte.
Quantification du risque
Le niveau de risque est évalué à partir de la Breakout Scale, une grille d’analyse utilisée notamment par le service de l’Etat de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (VIGINUM). Cette grille est ajustée à la réalité opérationnelle : une mention isolée d’un narratif trompeur existant de longue date dans l’espace informationnel ne saurait, par exemple, constituer une alerte légitime en soit.
Ces critères de quantification ont été entérinés par le comité d’experts et peuvent se synthétiser selon les grands principes ci-dessous :- Le narratif est explicitement faux, trompeur ou infondé : il peut faire l’objet d’une vérification par les fact-checkers, ou à minima d’un brief scientifique d’attention
- Le narratif touche une population inhomogène : il ne vit pas seulement au sein d’une sphère homogène et tend à s’essaimer au-delà
- Le narratif suit une dynamique de diffusion forte : propagation rapide sur les réseaux sociaux, diffusion répétée sur une chaîne d’information voire sur plusieurs chaînes, en tenant compte de la phase du cycle viral au moment de la détection (phase ascendante ou descendante) qui conditionne directement l’efficacité d’une éventuelle réponse
Gouvernance
La décision d’agir est collective : la combinaison des paramètres détaillés ci-dessus est évaluée en comité. Le comité statue sur le déclenchement, ou non, d’une alerte, en fonction du contexte et de la capacité opérationnelle du moment.
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Objectif : mettre les réponses à disposition en moins de 48h.
Lorsqu’un narratif est qualifié et validé, un processus d’alerte est déclenché en moins de 48 heures. Les fiches sont publiées sur droitalinfo.org et diffusées via la chaîne WhatsApp publique. En cas de diffusion large, les rédactions et équipes de fact-checking sont alertées directement.
Publication des fiches
Si le narratif détecté est nouveau, une nouvelle fiche est publiée dans le centre de ressources. Cette opération est réalisée par l’équipe du projet.
S’il s’agit d’un narratif déjà connu, son contenu peut être actualisé si de nouveaux éléments ou affirmations s’y rattachant ont été identifiés.
Rédaction des alertes
Une fois que la décision de déclencher une réponse est prise, l’équipe du projet rédige une alerte calibrée pour les applications de messagerie. Cette alerte comprend :
- Le narratif de désinformation en question
- Un rappel des faits
- Le lien vers le fact-check, qui comprend les sources scientifiques
Animation de la chaine WhatsApp “Droit à l’Info”
Les alertes sont publiées sur la chaine “Droit à l’Info”. Cette chaine est publique, c’est-à-dire qu’elle est directement accessible depuis la barre de recherches de l’application WhatsApp. Cette chaine est animée par l’équipe du projet. La liste des personnes qui suivent le canal n’est pas connue des personnes qui administrent la page, à l’exception des personnes figurant déjà dans leur liste de contacts.
Les personnes qui suivent la page :
- Sont autorisées à réagir à chaque message par un emoji et à partager librement chaque message posté
- Ne sont pas autorisées à commenter et à converser
Ce que nous ne prétendons pas détecter
Droit à l’Info détecte les narratifs de désinformation, des ensembles cohérents d’affirmations trompeuses qui se répètent de manière statistiquement significative. Nous ne prétendons pas :
- Surveiller l’intégralité de l’espace informationnel français en temps réel
- Qualifier chaque affirmation individuelle publiée sur les réseaux sociaux
- Etablir l’intentionnalité des acteurs qui diffusent un narratif, sauf lorsque des éléments probants permettent de le documenter
Comité d’experts
Notre comité d’experts est composé de personnes actives dans des disciplines complémentaires. Les expertes et experts ont été sélectionnés pour la qualité de leurs travaux académiques et professionnels dans le champ de la lutte contre la désinformation. Le comité se réunit une fois par mois. Il discute des orientations méthodologiques prises par le projet pour s’assurer qu’elles sont conformes à l’état de l’art de la science.
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Catherine Bertrand-Ferrandis
Spécialiste en communication des risques en santé publique. Docteure vétérinaire, diplômée de l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse (ENVT), Catherine Bertrand-Ferrandis est fondatrice et dirigeante d’OLYLO. Elle est consultante pour l’Organisation Mondiale de la Santé et d’autres organisations internationales sur la gestion des infodémies et la communication stratégique en santé.
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Laurent Cordonier
Spécialiste de la désinformation. Sociologue, docteur en sciences sociales de l’Université de Lausanne (Suisse), Laurent Cordonier est chercheur associé au GEMASS (Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne) et directeur de la recherche de la Fondation Descartes. Ses travaux portent notamment sur les déterminants socio-cognitifs de l’exposition aux fausses informations.
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Nataly Botero
Spécialiste des pratiques discursives de désinformation. Sémiologue, docteur en sciences de langage de l’Université Paris-Est Créteil (UPEC), Nataly Botero est enseignante-chercheuse en sciences de l’information et de la communication au CARISM (Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaires sur les médias) à l’Université Paris-Panthéon-Assas. Ses travaux portent sur la médiatisation des problèmes écologiques en France et l’analyse des discours de désinformation environnementale.
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Thomas Huchon
Spécialiste des manipulations de l’information sur le Web. Journaliste d’investigation, Thomas Huchon est auteur, enseignant et réalisateur de documentaires. Ses travaux portent sur les théories du complot, les manipulations d’opinion, la circulation des fake news et l’éducation critique aux médias.